Raid 97.4

 

Les lumières du Stade Langevin percent la nuit qui couvre encore le Sud Sauvage. Il est 3h15 et déjà les participants du Raid 97.4 "Gel Center" sont massés sur l’aire de départ. L’ambiance est conviviale et ponctuée par des bâillements qui entrecoupent les salutations.

 


Mes soutiens sont nombreux et de qualité. René-Paul, Johny et ses parents, Ombeline et Sauvanne seront mes assistants de luxe.

 


… La musique de Randorun s’arrête. La course est lancée.

 

 

Oulala! 
Je peine à suivre le rythme de départ. Les fessiers, tendus, limitent ma foulée. La route de Langevin se dresse dans une pente qui m’avantage et je m’amuse à jauger mes dalons de virée pour évaluer leurs niveaux de forme. Rapidement, je me rends compte que lorsque je me place derrière eux, le rythme ralentit. Très bien, je vais pouvoir courir «  à ma main ».


Grand Galet, caché sous de raides rampes en béton, apparait enfin. Johny me ravitaille et m’encourage. La route goudronnée devient béton, piste, sentier et ravines jonchées de grands galets. La course est lancée. Les sensations sont bonnes. L’herbe humide et charnue rafraichit mes jambes. 
Un camphrier exalte ses parfums pour me rappeler l’odeur des vestiaires de rugby de mon enfance, juste avant le combat ! 
Dans la nuit, je cherche des lumières pour jauger du rythme de mes poursuivants, je n’en devine qu’un, épisodiquement.

 


Je mets mon coupe-vent au lever du jour en abordant la lisse et massive coulée de lave qui nous mène sous le cassé de la plaine des sables. Quelle beauté, quelle puissance volcanique dans ce cirque minéral qui impressionne par  l’immensité de ses déjections figées. René-Fred Fontaine revient à ma hauteur, il dévore goulument cette pente de lave. Je ne peux que le regarder s’éloigner dans la lueur naissante du jour.

 


Le terrain devient chaotique, pétri de laves acérées. Dans ce champ de pièges à chevilles, je dépasse et distance René Fred.
La Plaine des Sables et son océan de scories croustille sous mes pas. René-Paul en photographe est là pour immortaliser l’instant!

 


Ombeline me ravitaille et me voilà parti à l’assaut de l’oratoire Sainte-Thérèse, point culminant de la course. 

 


Les crampes ont décidé de me tenir compagnie. Je m’en accommode, pas question de leur laisser penser quelles vont tenir ma journée !

 


Textor puis Mare à Boue me laissent jouer et me délecter de mes Rapa Nui dans ces descentes où je me laisse glisser vers Kerveguen. 

 


Je jauge mon avance sur René-Fred et décide de creuser l’écart. La musique rythme mes pas, ma progression est fluide et efficace.


Le givre a envahi les mares de Kerveguen et l’ambiance est apaisée. La surface de l’eau est délicieusement colorée par la lueur que diffuse les nuages qui dansent sur le sommet. 
La descente est glissante mais mes semelles Vibram s’en moquent. Je dévale sans retenue, décidé à continuer de me mettre hors de portée d’un autre concurrent.


Bienvenu dans le sentier des sources, rideau vertical tissé de racines de Cryptomerias qui impose patience et respect. Je saisis les racines à pleine main pour soulager mes cuisses et cette technique de primate m’amuse. Peu importe le style pourvu que ce soit efficace ! 

 

Johny et sa mère m’attendent au Gîte des Cascades pour me ravitailler. Leurs chauds sourires attisent ma fougue.


Le sentier de la roche merveilleuse offre des vues imprenables sur le cirque de Cilaos, se faufilant au gré des vieilles coulées du Piton des Neiges. Les laves massives lissées par l’érosion de plusieurs centaines de mètres de hauteur sont découpées par des cascades limpides. Le spectacle est grandiose.


L’écart est important. Personne en vue. La maman de Johny est là, debout sur le parapet, scrutant l’horizon à la recherche de mes poursuivants. Rien,  personne à moins de 15 minutes. J’aborde le Taïbit, chauffé par les rayons du soleil avec une certaine décontraction. Ma progression est limpide dans cette ascension qui m’ouvrira les portes de Mafate.


Les mains sur les cuisses en harmonie avec le tempo de ma respiration, je progresse dans un halo de bien être, inspirant, à plein nez, les odeurs végétales sublimées par le rayonnement solaire.

 

Je bascule déjà sur Marla. Ensorcelé par l’ivresse de l’effort, je déferle dans des appuis précis et rapides. Les cris guerriers que j’entonne amusent les randonneurs que je croise dans cette danse du feu verticale, il ne me manque plus qu’un bouquet de plumes dans le c... !
Marla, Johny me ravitaille et me renseigne sur mes concurrents mais je suis dans un autre monde. 
Dans cet état de grâce où le tourbillon d’énergie exhibe tout son répertoire, le chant de l’eau qui cascade, le vent qui tremble des feuilles, les couleurs sublimées par la lumière australe. L’impalpable fréquence qui oscille dans cet aura vient lécher ma peau dans des frissons d’émotions grandioses.  

 


Trois Roches et voilà la dernière difficulté en remontant vers Roche Plate. Je prends quelques instants pour me rincer les jambes, les bras et la tête dans l’eau limpide qui lisse les galets de basalte.

Je m’enfonce entre les remparts pour descendre vers les Orangers où les galets dessinent la trace en fond de ravine.

 

Je reviens sur les derniers concurrents du Semi-Raid et reste concentrer sur ma pose de pied. Aux orangers, je me pose pour prendre une soupe.

 


Reste à éviter la lassitude de la canalisation des Orangers, sentier sans fin, quasiment plat, qui longe le Maïdo jusqu’à Sans Souci. Long comme un jour sans fin, monotone comme une mer d’huile, il faut ramer, attendant la délivrance. Heureusement, la vue qui surplombe la rivière offre un spectacle permanent.



Enfin cette descente de Sans Souci qui me transporte vers l’arrivée. René-Paul,transformé en photographe, me mitraille. Ombeline exhibe un beau sourire et Sauvanne me regarde avec des yeux ronds.


 

 


Les lumières du Stade Nelson Mandela scinstillent au loin. C’est étonnant comme des portions longues et difficiles peuvent être agréables lorsqu’on est psychologiquement prêt mais comme d’insignifiantes parties semblent une éternité comme ces lumières qui semblent reculer!

 


Un Pingouin se joint à moi pour franchir la ligne d’arrivée.

 

Ombeline affiche un large sourire et mes potes me félicitent. 
Une bien belle journée à l’abri de la pollution des ondes modernes. 
Une belle journée centrée sur les ondes positives. 

PASCAL BLANC