DODO TRAIL, UN PARFUM UNIQUE.

Il y a des événements qui laissent un parfum unique que l’on aimerait revivre sans pour autant en perdre la rareté.

 

Le Dodo Trail est une formidable connexion entre les sédentaires que nous sommes devenus et nos ancêtres chasseurs, cueilleurs.
Ses paysages féeriques et les richesses des sentiers nous renvoient à nos origines où l’homme, animal endurant s’il en est, fatiguait ses proies en les traquant des heures jusqu’à les épuiser.
Cet instinct, encore bien présent chez les trailers, a changé de cible. Maintenant  on traque  une nourriture spirituelle, où l’affrontement  n’est qu’un jeu.

 

Le 07 Juillet 2013, il est 5h30 sur la plage au pied du Morne quand le sorcier Yannicklâche une horde d’humanoïdes en running à l’assaut  de leur graal. La nuit est déchirée par un feu d’artifice qui illumine le lagon bordant les premiers kilomètres du parcours.

La hiérarchie de la tribu a évolué, je ne fais plus parti des chasseurs éclaireurs qui s’éloignent…

 

 

Mes jambes brûlent dès les premières pentes du Piton du Fouge et dans les lacets en contrebas, des lumières se rapprochent inexorablement. Je  préfère alors me souvenir des paroles de Yan De Maroussen, qui me sachant de retour de blessure, m’avait proposé de profiter de la beauté du parcours sans esprit de compétition.

 

La technicité de la première descente m’indique que je ne serai pas à la fête dans ces portions qui demandent une tonicité permanente. Pourtant je me régale de ces tissus de racines et de roches qui dessinent une trace à peine marquée. Mon rythme est agréable, sans pression je profite de ces réflexes instinctifs qui  animent ma progression.
  
Déjà le premier ravitaillement, Eric Lacroix s’amuse de me voir batailler avec un sachet de poudre énergétique qui a explosé dans mon sac, tout est collé !!! Heureusement un tuyau d’arrosage salvateur  me permet de rincer le matos.
Aucune douleur tendineuse ne perturbe ma progression, c’est une sacrée bonne nouvelle.

Dans l’ascension du piton Cannot, je trouve un rythme plaisant et des sensations de grimpeur. Mains sur les cuisses, je ventile efficacement, que c’est bon !

 

Déception pour  Xavier Thévenard qui marche stoppé par une contracture à la cuisse. Il est très déçu et résigné, il connait cette blessure et sait qu’il ne peut rien y faire. Après une petite semaine de récup après un 80 kms au Mont Blanc où il prend la 3ème place, 10 heures d’avion, les conditions n’étaient pas optimum.

 

 

La pente se dresse dans un single étroit bordé de goyaviers et tout le monde s’y met : les bras tirent, les jambes poussent et le cœur pompe, la formidable machine humaine tourne à plein rendement. En levant  la tête, lâchant la dernière corde au sommet du Grand Piton, c’est une vue panoramique qui nous récompense, vert, turquoise, bleu clair, le lagon joue avec le soleil pour nous offrir ses plus belles parures, bordé par sa collerette blanche d’écume d’où commence le bleu profond de l’océan indien.

Quelques secondes de répit, de calme dans cette paisible aquarelle.

 

Le répit est de courte durée car la descente est très technique et demande beaucoup de vigilance. Elle se joue en trois temps, une intro verticale et poussiéreuse tout en glisse où l’équilibre rime avec audace, un couplet serpentant entre les arbres où se cache le sentier dans un labyrinthe végétal exubérant et un final rocailleux où la progression est délicate avant de s’ouvrir sur le parc des Gorges de la Rivière Noire. 
Petit à petit je remonte dans le classement et entame la longue montée des Camphriers avec ferveur, je croise René Paul Vitry et Fabrice Armand qui descendent comme des balles et profite de ce repère pour mesurer l’écart. Une partie de 500 mètres et un aller retour dans la boucle du Camphrier. ‘Toche ! Que cette boucle fut longue ! 41 minutes dans la tête par rapport aux fusées de tête après 27 kms de course !


Avec ça, dans les descentes je n’arrive pas à envoyer, sur le plat ma foulée ne s’allonge pas, ce sera donc en mode « à la ramasse » jusqu’au bout.

 

 

Qu’est ce qu’il me manque ? 
Ah oui des crampes, mettez moi en deux belles, bien puissantes et tenaces sur les adducteurs, voilà la galère est complète. Je rame à contre courant dans la savane qui nous mène au pied de la Tourelle dressée fièrement dans l’azur du ciel. Peu importe, mes yeux prennent leur pied et je suis heureux d’être là !

Ne pas marcher pour ne pas déclencher les crampes, toujours trottiner… il y a des limites.

 

La pente devient trop forte, les mains sur les cuisses, j’envoie à nouveau un bon rythme et revient sur Jenny Smith, assis, épuisé ! Je lui offre un Speed tonic et lui dit de ne pas attendre pour repartir, nous faisons quelques centaines de mètres ensemble mais il n’arrive plus à courir. Au dernier ravito j’avise Estelle(participante d'un stage que j’avais animé avec les mauriciens) qui ravitaille les coureurs que Jenny est à la peine et il faut qu’il se ravitaille copieusement, elle me répond «  Ombeline t’embrasse, elle est passée en super forme ».

 

Le facteur motivation prend le dessus sur mon état physique et je me mets en tête de la rattraper pour une arrivée commune.

 

 

La montée de la Tourelle est interminable et ça me plait ! Technique, exigeante, sous un soleil de plomb, un régal ! Lorsque la pente s’inverse de nombreux participants du 25 et du 10 kilomètres sont en difficulté et il n’est pas évident de s’arrêter, de les éviter, les rochers sont poussiéreux et on n’a pas de choix de trajectoire. J’entends Eric Lacroix qui annonce Ombeline à l’arrivée, il me reste encore 20 minutes de descente.

J’accélère sur la dernière portion pour tester mon état et ça passe.

 

Je finis 5ème dans une crampe généralisée. Jennyarrive 1 minute plus tard et dans un élan il se jette sur moi pour me livrer son amitié. Jenny est un garçon formidable, humble, souriant et cette démonstration spontanée me touche énormément. 

 

 

Ombeline me rejoint, fraîche, souriante et heureuse de sa 4ème place.

 

 

Je ne peux plus bouger, les crampes

m’envahissent, je me suis arrêté trop

brutalement.

 

Deux Mauriciens montent sur le podium :

 Vishal Itoo et Simon Desvaux De Marigny,

c’est une sacré bonne chose. René Paul, 

encore victorieux, s’amuse de mes

crampes et me dit «  moi na pas rien ! » 

Fabrice regrette de perdre la seconde

place au sprint alors qu’il n’avait pas vu Vishal revenir.
Cécile Ciman gagne le 50 kilomètres et confirme sa bonne forme.

 

 

Cette 3ème édition est une réussite totale et devient un RDV incontournable.

 

 

Messieurs les coureurs, si votre femme en a marre de vous suivre partout sur les trails ou de vous voir partir pour assouvir votre passion, le Dodo Trail est un excellent moyen de la réconcilier  avec votre conduite compulsive de coureur en nature. La beauté des paysages, les couleurs du lagon, l’accueil des Mauriciens et les qualités hôtelières effaceront l’ardoise de vos excès de l’année et vous serait un champion de la conciliation ;-)

Pascal Blanc