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LES CROYANCES LIMITANTES.

L’interprétation de « croyance » est très diverse. Pour certains, la croyance est associée à la religion, pour d’autres, elle est le fruit de notre imagination. Pour chacun, le mot croyance aura des références personnelles.

Notre éducation, nos connaissances, nos certitudes créent notre perception du monde. Notre réalité navigue dans l’espace de nos croyances. L’ensemble de nos croyances est l’espace dans lequel nos pensées peuvent circuler.

Nos croyances définissent nos limites et lorsque ces dernières ne sont pas suffisamment permissives, elles deviennent limitantes.

Il s’agit donc bien d’un sujet central de la performance.

Nos pensées sont la base de nos actes, de nos comportements et donc de nos résultats… Nos projets, nos objectifs se définissent à l’intérieur de nos croyances. Difficile de se projeter au-delà de cette zone de conscience qui constitue les extrémités dans lesquelles nos pensées naissent et grandissent.

 

Lorsque j’avais 8 ans, je jouais au rugby. A la mi-temps, l’entraîneur, bienveillant, nous interdisait de boire : « Ca coupe les jambes ! ». Nous n’avions droit qu’à un demi-citron. Aujourd’hui, nous le traiterions de fou ! Une croyance est destinée à évoluer dans de nouveaux espaces, sans limites. Dans quelques temps, sans doute que ce je suis en train d’écrire me semblera limitant parce que ma connaissance du sujet  aura évoluée entrainant de nouvelles limites à mes croyances.

 

Dans notre mémoire, des schémas sont déjà gravés issus la mémoire collective et culturelle. Ensuite notre expérience, notre éducation, nos émotions complètent ces câblages cérébraux. Tout cet ensemble constitue les bases de nos croyances. Par manque de recul, il est difficile d’en sortir de manière autonome. Le préparateur mental est là pour vous guider.

Prenez le temps de vous écouter. Les phrases qui commencent par « il faut que… Je dois… C’est toujours comme ça… je ne suis pas capable… c’est trop dur… » exprime une croyance limitante sur laquelle vous pouvez travailler.

 

Prenons le cas de Séb à quelques jours du départ d’un ultratrail. En observant le parcours, il me dit « Cette descente est vraiment difficile, elle me fracasse les quadriceps. A chaque fois, je ne peux plus repartir du ravitaillement au pied de la descente ».

Aucun mots clés révélateurs tel que : « je dois », « il faut »,…

Séb a donc la certitude qu’à l’issue de cette descente, ce sera compliqué pour lui. Son corps se prépare à souffrir et se protège en se crispant dans cette descente. Cela confirme ce qu’il pense et renforce sa croyance.

Il est un coureur expérimenté et, de ce fait, ses croyances se sont étayées et renforcées au fil des courses. Il se connait très bien et connait ses limites. A ce moment de l’histoire, les pensées de Séb naviguent dans un espace délimité de ses possibilités, que l’on peut appeler la réalité de Séb ou le champ de vision de Séb.

Si par bonheur, le jour de la course,  la descente de Séb se passe bien, il mettra cela sur le compte d’une progression, d’une adaptation de l’organisme. Sa croyance évoluera par cette nouvelle expérience. Si sa descente est difficile, sa croyance limitante sera renforcée.        Je lui propose de faire évoluer sa croyance pour tendre vers l’expérience souhaitée et une potentielle expérience différente.

Avant de vouloir agir sur une croyance limitante, il faut déjà l’identifier, en faire le tour. La difficulté est qu’on ne peut pas faire le tour de quelque chose dans lequel on est enfermé ! C’est là que le préparateur mental intervient.

 

Il arrive que des croyances limitantes soient là uniquement pour en protéger d’autres, souvent inconsciemment. Là encore le préparateur mental doit écouter et observer pour aider à identifier les axes de travail.

 

Au fil de l’entretien, je comprends que Séb connait parfaitement les chronos de ses adversaires sur cette descente. Sa croyance est exprimée ainsi : « Il faut que je la passe en 48 minutes sinon je me fais décrocher par la tête de course ».

La croyance qu’il faut descendre en 48 minutes pose deux problèmes qu’il ne peut voir car il est enfermé dans la recherche de solutions pour respecter ce temps. Il mobilise toutes ses pensées dans l’espace de la croyance limitante que « descendre en plus de 48’ » le mènera à l’échec.

Le premier problème est que la simple pensée de cette descente lui génère du stress. Ce stress émotionnel, qui accompagne sa croyance, bloque ses pensées dans des champs bien limités qui sont : le temps, l’environnement et ses possibilités de se déplacer (par le mouvement). En phase stressante, notre système de survie mobilise toutes nos ressources dans ces trois champs attentionnels pour fuir ou combattre.

Le second problème est qu’il n’a aucune vision de sa course ni avant, ni au-delà de cette descente puisqu’il se focalise sur un trentième de sa course (48 min sur 24h).

En poursuivant l’entretien, Séb précise que dans cette descente, seules deux parties posent problème : environ 100 mètres de dénivelé très raides et une partie de 3 à 4 minutes dans les racines. Il est donc focalisé sur une portion de 10 minutes soit moins de 1% de son temps de course prévisionnel.

Sa croyance limitante est très puissante, argumentée par des critères expérimentés, chiffrés, référencés. Sa connaissance du terrain, des autres concurrents, des contraintes tendino-musculaires est précise et incontestable. 

Aussi, pour faire évoluer une croyance et s’ouvrir de nouvelles possibilités, il faut trier les critères objectifs et subjectifs. En séance d’explicitation, Séb a pu reconsidérer ses critères. Après un entraînement mental, il reconnait les signaux d’alertes et oriente son attention sur un autre registre de pensées, des ressentis confortables et de fluidité. Pour Séb, l’image du déplacement d’un chamois. Cela suffit à faire retomber sa croyance limitante.

L’entraînement mental a créé un nouveau schéma qu’il a ancré et qui lui procure les émotions dont il a besoin pour être performant. Son objectif sur cette descente est d’être concentré sur sa respiration, sa fluidité corporelle, tel un chamois.

L’estime de soi et la confiance en soi : les terrains de jeu de nos croyances limitantes.

 

Ces croyances provoquées par notre mémoire émotionnelle sont parfois subites et ressenties violemment.

 

Pour illustrer, imaginez ! Nous sommes sur la ligne de départ, prêts comme jamais. Le cœur s’accélère, l’adrénaline coule à flot. Une petite phrase, un geste, la vision d’un athlète très affûté sont des détonateurs prêt a répandre, dans toute notre attention, des croyances limitantes dans un domaine bien précis, celui de l’estime de soi. Cette bombe émotionnelle est reliée à des souvenirs, bien au chaud dans notre mémoire. Sans rien y comprendre, l’orientation de notre concentration sur cette croyance va mettre le feu dans nos pensées et mobilise toute notre énergie. Souvenez-vous, en état de stress, nous nous consacrons à trois paramètres : le temps, l’environnement,  les capacités à se déplacer.  Le stress anxiogène est énergivore et les signaux de panique s’allument partout. Pour sortir de cette panique, nous changeons les plans longuement élaborés! La confiance en soi malmenée nous a résolue à limitée notre ambition.

En quelques instants, la croyance subite a détruit vos résolutions de maîtrise émotionnelle et vous vous retrouvez instantanément en proie aux doutes et aux ruminations.

Le plus bel atout d’une croyance limitante : son argumentaire imparable

 

our cet exemple, je vous emmène avec moi sur le Grand Raid de La Réunion 2012. Pour situer le contexte, j’avais terminé deuxième en 2011 puis suis venu m’installer à La Réunion début 2012. Le mois d’Octobre approche, la pression monte et plusieurs facteurs agissent de concert pour m’installer dans la croyance que je dois gagner pour ne pas décevoir.  Mon patron me convoque « je compte sur vous », les gens que je croise me dise « cette année, c’est pour toi », c’est incessant. Sur la ligne de départ, ma croyance se renforce « Si je ne gagne pas, je vais passer pour un con ! ». La panique s’installe, je n’arrive même plus a respirer. Je ne peux pas suivre le rythme du départ et vis un calvaire mental jusqu’au Km 50 où j’abandonne victime d’une aponévrosite plantaire insoutenable… qui disparue quelques heures après… Le lendemain matin, lorsque je me réveille, la course n’est pas finie et ceux qui étaient partis devant moi explosent tour à tour. Je suis stupéfait d’avoir rendu mon dossard. Sur le coup, ma douleur était réelle et insupportable mais ma blessure imaginaire. Enfermé dans ce système de pensées où je devais gagner pour ne pas décevoir, la seule issue possible était la blessure, une porte de sortie honorable. Pour cette croyance, on peut imaginer que mes croyances limitantes ont transformés les encouragements bienveillants en obligation de résultats. Mes schémas neuronaux étaient câblés en ce sens et ne pouvaient pas emprunter un autre chemin. J’ai du donc déconstruire ces croyances limitantes pour les reconstruire avec les mêmes données, celle de ma personnalité. En 2013, je me retrouve au départ du Grand Raid dans les mêmes conditions physiques, avec les mêmes concurrents, avec encore plus de pression, mais armé d’une compréhension de mon fonctionnement mental. Je passe un moment merveilleux et finit troisième.

Je comprends que le plaisir est un moteur stable de la performance. Il peut être considéré comme une échelle de mesure très utile pour éviter de rentrer dans des croyances négatives.

Se concentrer sur le plaisir dans l’instant présent est la croyance limitante que je vis depuis quelques temps et je ne vois pas comment en sortir ! Si quelqu’un peut m’aider…

Pascal Blanc (Endurance trails magazine) 

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